Chroniques

Tu manges donc je te suis – Une réflexion sur le Social Eating sur Twitch

COLLABORATION SPÉCIALE: Amélie Grenier (MmeLeFantasque)

Une nouvelle catégorie a récemment vu le jour sur Twitch : Social Eating. Déjà qu’on pouvait regarder des gens jouer, maintenant, on peut regarder des gens manger. Serait-ce la fin de la civilisation moderne et de l’humain comme sujet pensant?

Social Eating is a new beta category that lets you share a meal with your community. […] It is like eating with friends via Twitch! […] The spirit of Social Eating is therefore less focused on the act of eating and more on a sense of companionship and inclusiveness. (source)

La catégorie Social Eating est proposée aux utilisateurs de Twitch Creative qui veulent profiter des plats amoureusement cuisinés durant leur live, et aux gamers qui ont besoin de prendre une pause repas.

S’il peut nous paraître incongru, le principe n’est pas nouveau: le « muk-bang » (mot-valise conjuguant les concepts de sustentation et de diffusion) nous vient de Corée du Sud. Lee Chang-hyun, l’une des superstars du genre, ferait le bonheur de pas moins de 10 000 viewers chaque jour.

Au premier abord, on se dit que Social Eating est un service pour tous ces gens, sur Twitch, qui ne vivent que par et pour les jeux vidéo, qui n’ont aucune vie sociale en dehors de leurs univers virtuels et qui ne rencontrent jamais personne. « Pauvres gens! Get a life! »

Mais… naaaaan, nan. Ça, c’est au premier abord. Parce qu’à bien y réfléchir, manger est un acte éminemment social. On se rassemble, on partage denrées et temps, idées, nouvelles, réflexions. On empêche peut-être des guerres sans le savoir – ou on en déclare. On décide de son avenir, on élabore une théorie des cordes 2.0. Et la solitude nous pèse à tous. Alors pourquoi manger tout seul comme un coton quand au monde entier on peut ouvrir la porte de sa maison?

Notre équipe se livre à l'expérience Social Eating.
Notre rédacteur en chef et le patron de La Game se livrent à l’expérience Social Eating.

Quand je suis seule, je mâche à peine, j’expédie, vite vite vite, faut passer à autre chose. Prendre le temps est une chose du passé. Et si je m’arrêtais?… De grands penseurs ont sûrement élaboré ou testé leurs aussi grandes théories autour de filets de lapereaux à la Berry ou d’un gratin dauphinois. Ça peut certainement encore se faire autour d’un sandwich au baloney.

Et on ne se le dira jamais assez: manger est plus agréable en duo, en trio, en quatuor, en pleine tablée. Ça n’est pas un hasard si on se voit en famille ou entre amis autour d’un repas, tour à tour chez grand-maman Gemma et au nouveau bistro branché.

Les plus vieux parmi vous se souviendront peut-être de l’émission Parler pour parler, avec Janette Bertrand et Diane Jules (Violette) dans les années 80-90 à Radio-Québec. Le concept était celui d’un panel d’invités autour d’une bonne table, discutant de sujets variés, rarement légers, échangeant les opinions, se challengeant, découvrant le point de vue et l’expérience d’autrui. Un autre exemple que l’alliance des échanges et de la bonne chère ouvre les esprits.

Reste donc à savoir comment les utilisateurs de Social Eating agiront et évolueront. Comment ses animateurs créeront l’événement, incluront le public et le rendront actif, participatif dans cet échange. Peut-être un spaghetti bolognaise donnera-t-il naissance au plan du prochain grand roman de notre siècle…