Chroniques

Kick, punch, it’s all in the mind! – Une introduction aux jeux de combat – Partie # 1

Soyez honnêtes, combien d’entre vous avez déjà acheté ou loué un jeu de combat (ou fighter) pour finalement le rapporter à la boutique quelques jours plus tard? Les racks remplis de copies usagées de Street Fighter V dans les magasins spécialisés témoignent de ce phénomène. On achète le jeu sur un coup de tête nostalgique, on invite des chums et on se tapoche sur la gueule en appuyant sur des boutons au hasard avec autant de vigueur et de précision qu’un enfant de six ans qui tente d’oblitérer une piñata les yeux bandés à son anniversaire. Eh! puis hop! Le jeu s’empoussière et on le rapporte à la boutique. Et si, au lieu de le ramener, on apprenait à mieux le connaître? Et si, en le connaissant mieux, on découvrait un genre riche en profondeur, ou mieux encore, une passion pour les années à venir?

Le choix de ce titre – en anglais de surcroît, et j’y reviendrai– tiré de PaRappa the Rapper n’est donc pas anodin : il résume à la perfection ce genre populaire, mais incompris et mal aimé. Derrière les coups et les combos se terre une joute mentale entre deux combattants qui cherchent constamment à se déjouer et à contrecarrer chacune des actions de leur adversaire respectif. À ce duel cérébral se marie, telle la 2e tête du cerbère, une coordination main-yeux exceptionnelle et exigeante. Certains combos exigent du joueur qu’il appuie sur des boutons avec une précision chirurgicale. Dans les cas extrêmes, la fenêtre entre deux coups d’un même combo n’est qu’ouverte que durant 17 MILLIsecondes. Pour résumer, il vaut prévoir les actions que l’autre prendra, réagir en quelques millisecondes et, idéalement, faire la meilleure décision possible selon le résultat que l’on veut obtenir. On peut, par exemple, opter pour infliger plus de dégâts à son adversaire, mais aussi en faire un peu moins afin de se positionner avantageusement et conserver le momentum. Dans le royaume des jeux compétitifs, les jeux de combat, très compliqués, s’apparentent donc à une dose d’expresso. Un rush d’adrénaline et d’endorphine au goût amer et intimidant pour les consommateurs néophytes, mais riche et délicieux pour les connaisseurs. Cet auteur tentera donc de convier sa passion en décortiquant le jeu de combat. Commençons donc par la base.

Daigo « The Beast » Umehara écrivant l’histoire… 

 

Les principes universaux

Petite mise en garde avant d’enchaîner avec les principes universaux, la terminologie entourant les jeux de combat est profonde et intimidante. Je parle ici d’une centaine de termes anglais et japonais qui, comme spoiler (divulgâcheur) et cosplayer (costumadier), méritent qu’on ne les traduise pas – d’autant plus que je ne suis nullement une autorité du domaine de la traduction! Bon, retournons à nos moutons.

Qu’ils soient en 2d ou en 3d, les jeux de combat s’articulent presque tous autour des concepts suivants :

  • Un large éventail de personnages aux habiletés uniques qui s’affrontent en 1 contre 1;
  • Des duels d’environ 99 secondes séparés en rondes, puis en matchs;
  • Une barre représentant la vitalité du personnage.
  • Des combos, soit des enchaînements de coups et non des coups accompagnés d’une p’tite frite et d’une liqueur

Les fighters, bien qu’on en retrouve des dizaines de titres sur le marché, parviennent malgré tout à se démarquer les uns des autres en incorporant des mécaniques uniques et des styles artistiques attrayants. Je dénote néanmoins cinq grandes familles de jeux de combat.

 

Les variétés de jeux de combat et leurs principaux représentants

Jeux de combat 2D traditionnels

Cette variété, la plus vieille d’entre toutes, se caractérise par des combats qui sont faciles à comprendre pour les spectateurs et des effets visuels qui n’encombrent pas l’écran. Les personnages ont un jeu d’habiletés et d’attaques spéciales limité, ce qui force les joueurs à le maîtriser parfaitement afin d’avoir l’avantage sur leur adversaire. L’idée derrière les 2D traditionnels est de contrôler l’axe horizontal, souvent, mais pas exclusivement, avec l’aide de projectiles, afin de forcer l’opposant à commettre une erreur. Cette catégorie privilégie habituellement la réflexion et exige moins des joueurs qu’ils soient rapides comme l’éclair. Street Fighter, dont le 5e opus est sorti en février 2016, Mortal Kombat, Injustice et King of Fighters sont les principales séries de cette catégorie qui était sursaturée durant les années 1990.

Jeux de combat 2D « frénétiques »

La communauté des jeux de combat (que je nommerai désormais FGC, pour Fighting Game Community) ne s’entend pas sur un terme désignant ce type de jeux de combat. Ses noms les plus communs sont airdashers (car bien souvent, on peut y effectuer des doubles sauts et mouvoir rapidement son personnage sur l’axe horizontal dans les airs) ou anime fighter, car les jeux appartenant à cette catégorie ont souvent une facture visuelle inspirée des dessins animés japonais. Personnellement, je trouve que ces définitions ne collent pas bien à la réalité : certains airdashers ne sont pas des anime fighters et vice-versa. J’ai donc opté pour le qualificatif « frénétique » pour décrire cette deuxième variété de jeux de combat 2D. Cette dernière est caractérisée par une plus grande liberté de mouvements, une vitesse de jeu rapide, une tonne de mécaniques offensives et défensives et, en général, autant d’effets spéciaux qu’un film de Michael Bay. Les « frénétiques » demandent des réflexes de chat, une dextérité hors pair et une connaissance accrue des mécaniques du jeu. Les principales séries appartenant à ce groupe sont Guilty Gear, Blazblue, Marvel Vs Capcom, Arcana Hearts et Under Night In-Birth. Je prends également la liberté de placer Killer Instinct dans cette catégorie plutôt que dans la précédente étant donné que… c’est MA liste! Mais aussi parce que les développeurs ont ajouté, lors des saisons 2 et 3, des personnages complètement détraqués, compliqués et, pour faire un lien peu subtil, frénétiques!|

Jeux de combat 3d traditionnels

Comme vous vous en doutez, la dimension supplémentaire altère grandement les mécaniques du jeu de combat. D’ailleurs, la majorité des joueurs qui jouent aux jeux 3d délaissent ceux en 2d et vice-versa. Les 3d traditionnels se démarquent en misant sur l’absence d’attaques spéciales et l’abondance de coups dits normaux. Les personnages comptent en moyenne plus d’une centaine d’attaques, ce qui donne l’impression de participer à un combat un peu plus réaliste – selon la logique des jeux vidéo, du moins! – que dans les 2d. L’axe additionnel permet aussi un déplacement en profondeur qui donne l’occasion aux joueurs d’éviter les coups adverses et de contre-attaquer. Malgré son énorme popularité durant les années 1990 et 2000, la catégorie des « 3d traditionnels » n’est représentée, en 2016, que par Tekken et Dead or Alive. Les fans de Soul Calibur et de Virtua Fighter, j’ai l’impression, continueront de ronger leur frein pour encore un bon moment.

Jeux de combat 3d style « aréna »

Petit nouveau dans la longue histoire des fighters, le style « aréna » se différencie par une liberté complète des mouvements dans – coup de théâtre! – une grande arène. Si l’on peut arguer que les séries Power Stone et Virtual On ont été les pionniers de ce genre, on attribue surtout à Naruto Ultimate Ninja Storm le mérite d’avoir été le premier à le populariser. Ce style est encore très peu reconnu par la FGC, car on lui reproche sa simplicité et le manque de profondeur qui s’y rattache. Néanmoins, Pokken Tournament, pour la Wii U et les bornes d’arcades, se veut le pont entre les genres « traditionnels » et « aréna ». Il a d’ailleurs été sélectionné cette année par le comité d’organisation du prestigieux tournoi Evolution 2016, qui a eu lieu lors de la fin de semaine du 15 au 17 juillet.

Smash Bros et ses clones

Smash, c’est clairement le mouton noir des jeux de combat. Je vous offre à vous qui habitez sous une roche une petite description qui vous permettra d’en témoigner :

  • dans l’arène, il y a des trous, des murs et des plateformes (parfois mobiles!);
  • on élimine son adversaire en accumulant les dommages sur lui afin de le pousser en dehors de l’arène. Plus son pourcentage d’endommagement est élevé, plus les coups infligés le repoussent loin;
  • On peut y jouer, en tournoi, en un contre un, mais aussi en deux contre deux. À la maison, pour le plaisir, on peut y jouer jusqu’à huit.

Bon, on ne se fera pas « d’acroires », dans cette catégorie, les seuls jeux considérés comme étant sérieux pour la FGC, ce sont Super Smash Bros Melee (qui n’a jamais été aussi populaire que maintenant sur la scène compétitive en plus de quinze ans) et Super Smash Bros for Wii U (Sm4sh). Fait étrange, ces deux titres, bien que semblables sur le plan de la forme, sont grossièrement différents les uns des autres. En ce qui a trait à Melee, de nombreux bogues ont permis aux joueurs de développer une multitude de trucs leur permettant, sans aller dans les détails, d’attaquer et de se mouvoir beaucoup plus rapidement. D’une certaine manière, les pros se sont approprié le jeu au point où il est méconnaissable aux yeux des nostalgiques.

Melee n’est plus le jeu auquel vous jouiez…

Sm4sh, quant à lui, se démarque en ayant un large éventail de personnages, des graphiques à jour et un style de jeu plus défensif que Melee. Bref, chaque jeu a sa communauté, et c’est la raison principale pour laquelle on retrouve les deux titres dans les tournois d’envergure – un fait extrêmement rare! Outre Smash, on retrouve, dans cette catégorie Brawlhalla, Brawlout, Rivals of Aether et Playstation Allstars Battle Royale.

 

Ça m’a l’air compliqué tout ça… Qu’ossa donne?

Je vous mentirais si je vous disais que les fighters sont simples, qu’ils ne demandent pas de temps ou de patience. En fait, le jeu de combat est, selon moi, le genre le plus difficile à apprendre. En cela, il ne s’adresse aucunement au joueur adepte de la gratification instantanée et encore moins à celui qui blâme ses coéquipiers plutôt que lui-même lorsqu’il joue à des jeux d’équipe comme League of Legends ou CS:GO.

En revanche, il sait récompenser quiconque y met l’effort. S’investir dans le jeu de combat, c’est accumuler des jalons sur une longue période de temps. Que ce soit en maîtrisant des combos, en lisant sur les mécaniques du jeu ou en découvrant de nouvelles possibilités avec son personnage, on ne cesse pas de s’améliorer. Personnellement, je m’adonne à ce passe-temps depuis maintenant huit ans et je juge avoir encore beaucoup à apprendre! Il est d’ailleurs faux de croire qu’on doit devenir un maître chinois du kung-fu virtuel avant de parvenir à éprouver du plaisir en jouant. Dans le grand monde du jeu vidéo, peu de genres récompensent autant émotionnellement un joueur pour son travail. Le seul mot qui me vient à l’esprit lorsque je vaincs un rival qui me domine depuis des mois ou que j’atteins un stade élevé dans un tournoi est « euphorie ». Puisqu’on est le seul responsable de notre victoire ou de notre défaite, le fighter est très introspectif et personnel. De plus, c’est le seul genre compétitif où les joueurs sont littéralement côte à côte. Leurs réactions, lorsqu’ils sont déjoués ou vaincus, sont palpables.

Cette proximité a d’ailleurs l’avantage de faire foisonner les scènes locales. À l’inverse des autres jeux vidéo compétitifs, les tournois, du moins les plus sérieux, sont tous organisés dans un environnement hors ligne. Cet aspect issu d’une longue tradition date d’il y a plus de 25 ans lorsque Street Fighter 2 a révolutionné le monde du jeu vidéo et des bornes d’arcades. Certains jouent d’ailleurs à cette série depuis toutes ces années. Passion à long terme, que je vous disais? Les joueurs les plus sérieux vous le diront tous : les fighters forcent à sortir de sa zone de confort et à tisser des liens sociaux. J’ai rencontré une bonne centaine de joueurs depuis mes débuts timides. D’une certaine façon, mes talents en tant que joueur ont évolué au même rythme que mes aptitudes sociales; je suis désormais celui qui incite les nouveaux à s’intégrer et qui leur montre les rouages afin qu’à leur tour ils fassent partie de cette belle aventure. Évidemment, il faut l’avouer, cette qualité se transforme rapidement en défaut lorsque l’on habite loin d’un grand centre urbain tel que Montréal ou Québec. Par chance, des groupes Facebook comme « Québec Street Fighter » et « MTLSF » sont remplis de fanatiques prêts à jouer en ligne.

 

Finish him!

Cela conclut la première partie de mon introduction aux jeux de combat, qui, je l’espère, aura su piquer votre curiosité. Lors de la deuxième partie, je vous montrerai comment faire un cross-down suivi d’un overhead linké en crouching low punch cancelé en super se déroule un affrontement afin que vous puissiez mieux comprendre comment apprécier le jeu de combat.

L’impressionnante remontée de Garireo lors de la finale de Blazblue à l’Evo 2014