Chroniques

Fluidité des genres

En mai 2014, The Sims 4 avait été classé «Public Mature» en Russie sous prétexte que le jeu offrait la possibilité de créer des couples de même sexe. Cet événement a fait réagir beaucoup de fans à travers le monde et, petit à petit, d’autres histoires aux enjeux semblables ont été pointées du doigt, comme par exemple chez Nintendo avec Tomodachi Life qui ne permettait pas aux joueurs de créer des couples homosexuels. L’hétéro normativité est un concept de moins en moins apprécié dans le marketing en général et dans celui du jeu vidéo. En Amérique du Nord on apprécie de plus en plus les concepts de sexualité ouvertes et inclusives.

En ce sens, on aime que des grandes séries au succès populaire, comme Mass Effect et Dragon Age, permettent aux joueurs de créer des couples homosexuels sans distinction péjorative avec les couples hétérosexuels. Qui aurait pensé qu’un jour les jeux vidéo pourraient servir à l’éducation sexuelle et à adoucir les mœurs? Pas étonnant que des jeux qui sont principalement basés sur les relations interpersonnelles (comme les Sims) adoptent une ouverture à l’image de son marché, d’une société diverse et multiple.

L’homosexualité a été normalisée (terme que je n’apprécie guère mais qui souligne l’essentiel de mon propos). Nos livres, nos films, nos séries télé et maintenant nos jeux vidéo ont accepté, ont assimilé un concept qui autrefois enfreignait une moralité d’avant-guerre. C’est en quelque sorte une victoire populaire pour les gais et lesbiennes de ce monde.

Cela étant dit, EA innove à nouveau avec The Sims 4 en implantant un système de «fluidité des genres». Car, il y a aussi cette communauté plus muette qui est peu représentée dans les jeux vidéo. Les transgenres et les travestis, qu’il ne faut pas systématiquement associés à l’homosexualité, n’ont pas leur place au soleil. Des joueurs vivant cette réalité on peu ou pas l’occasion de s’associer à un personnage de jeu vidéo, de s’y reconnaître ou de s’y projeter.

Voilà maintenant, avec une mise-à-jour gratuite, que les joueurs qui créeront leurs sims n’auront plus de restrictions liées au genre. Ainsi, un sims homme pourra se maquiller, porter des cheveux longs, une robe et des talons hauts, au même titre qu’un sims femme pourra s’appareiller d’éléments traditionnellement masculins. Cette amélioration du mode de création des sims ouvre la voie à une nouvelle représentation du personnage principal dans le jeu vidéo.

La transsexualité et le travestisme ont été peu représentés à travers les époques du jeu vidéo. Je me souviens d’un épisode de Final Fantasy VII où Cloud doit se travestir en femme pour infiltrer un bordel et sauver son ami Tifa prisonnière de Don Corneo. Ce moment culte du jeu est une pirouette, un moment drôle et novateur, sans toutefois servir la cause d’une communauté. Il est probablement le seul épisode de ce genre et il n’a pas été fait dans le but d’intégrer un type de personne, mais pour amuser et faire un clin d’oeil à un élément narratif méconnu et intriguant.

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Sachant aujourd’hui que Final Fantasy VII sera refait à neuf, vingt ans plus tard, on doit se demander quelle importance cette scène obtiendra dans le résultat final. A-t-on de la place pour du travestissement dans un jeu tel que LE remake de Final Fantasy VII? Cet épisode risque-t-il de choquer s’il est conservé? Ou, au contraire, son abolition pourrait-elle relancer les débats? Jusqu’à quel point le public et le marché actuel est-il tolérant?

Bref, nous assistons à un mouvement, une douce révolution tranquille des mœurs des genres et de la sexualité à travers un média capable d’atteindre un vaste éventail de personnes de tout âge et nationalité. Et, bien que les développeurs de jeux vidéo ne se donnent pas officiellement le mandat de repousser les paradigmes de notre société, ils participent malgré tout à l’échange et au voyage d’idées libres et égalitaires.

Merci de votre intérêt,
Enson8502