Critiques

Final Fantasy XV : la critique

Avant de me lancer dans une critique de Final Fantasy XV, je dois mettre cartes sur table en disant qu’aucun jeu de cette série qui ont suivi le douzième opus m’ont plu. Puisque Final Fantasy XII est sorti en 2006 et que le quinzième titre vient de sortir à la fin 2016 sur Playstation 4, ont peu donc compter une dizaine d’années pendant lesquelles je me suis éloigné de cette bannière qui, pourtant, m’a initié et confirmé en tant que gamer. Pour moi, Square Enix était perdu dans un désert aride de ses concepts éculés et cherchant à combler ses lacunes ; l’entreprise renommée s’est égarée sur de nombreuses plateformes avec des jeux de moins en moins novateurs. À l’arrivée imminente de Final Fantasy XV, et au fur et à mesure que les révélations sur le contenu de cet opus se produisaient, je savais que l’air de vache maigre se terminait et qu’arriverait le titre qui aurait le potentiel de surpasser tous les autres. Et, je suis fier de le dire, je ne me suis pas trompé.

Si, lorsque le joueur démarre sa partie, il a l’impression de se lancer dans un jeu désorganisé, l’expérience générale est ultimement surpassée par un sentiment de grandeur à force de travail et d’exploration. Même si quelques éléments auraient mérité une attention plus particulière, ce titre s’inscrit parfaitement dans la lignée des Final Fantasy en devenant une expérience aussi palpitante pour les initiés que pour la nouvelle génération de joueurs. La grande surprise de ce jeu est dans la manière dont les développeurs ont remanié le genre RPG attribué généralement à la série. S’il se démarque par son système de combat mélangeant action, styles et influences diverses, il se rallie à la série en offrant un road trip accompagné d’une panoplie de personnages attachants et de situations grandioses à couper le souffle comme on les aime.

Même si ce n’est pas un prérequis, je conseille fortement à n’importe quel joueur de visionner d’avance le film Kingsglaive qui précède le jeu, ainsi que les épisodes en animés Brotherhood, pour la simple et bonne raison que le scénario de ce quinzième opus de la saga Final Fantasy démarre en pleine crise diplomatique où s’affrontent plusieurs forces politiques dans des idéologies fantastiques et géographiques férocement approfondies. Au début de la partie, on retrouve Noctis, le prince du Royaume de Lucis, fils du Roi Regis, envoyé auprès de sa promise Lunafreya, héritière du Royaume déchu de Tenebrea, dont l’union solderait la paix entre Lucis et l’Empire Niflheim entre lesquels perdure une guerre sans fin. Dans son périple pour retrouver Lunafreya, Noctis est accompagné de ses amis et conseillers, Prompto, Ignis et Gladiolus. Ce qu’ils ignorent, c’est que l’Empereur Iedolas est sur le point de trahir à nouveau le Royaume de Lucis afin de s’emparer du dernier cristal magique, source de toute la puissance du royaume et d’une mythologie qui a inspiré une lignée puissante de reines et de rois dans le monde.

C’est dans cette atmosphère que se termine Kingsglaive (le film) et dans laquelle débute Final Fantasy XV (le jeu). Noctis, seul personnage jouable, et ses compagnons, sont liés par un esprit d’amitié qui rejoint assez rapidement le joueur lui-même. Avec des jeux d’acteurs et un doublage très immersif, on saisit très vite la gravité de la situation, bien qu’il ne faudrait pas se surprendre si beaucoup de nuances resteraient inexpliquées pour quelqu’un qui n’aurait pas pris la peine de s’intéresser à l’histoire avant de se lancer dans une nouvelle partie, et c’est probablement le défaut le plus grand de ce jeu : il précipite son joueur dans un univers très complexe en prenant pour acquis qu’il a déjà pris connaissance de la situation géopolitique de son univers, ce qui pourrait déplaire à une catégorie de gens. Malgré tout, la fluidité et le dynamisme de la relation amicale entre les quatre personnages s’expriment si bien, autant dans l’histoire quand dans les combats, qu’elles prennent la défense de ce sentiment de précipiter le joueur dans l’action.

Il nécessitera cependant quelques heures de jeu avant de bien maîtriser cette chimie entre les personnages qui s’étend dans l’essence même des confrontations avec des ennemis. Que ce soit dans la technique spécifique à Noctis de se téléporter un peu partout, ou que ce soit dans la gestion des combos entre les personnages, ou encore pour déclencher une attaque spéciale, même la gestion de la magie obtient une mention lorsqu’il s’agit de savoir l’utiliser de manière intelligente. Final Fantasy XV vous forcera à vous questionner et à fouiller dans les menus et c’est seulement après un investissement sincère de temps et d’essai-erreur que vous prendrez pleine possession du jeu.

Ajoutez à cela d’autres fonctions qui touchent l’artisanat pour créer des armes ou des objets spéciaux. Vous pouvez aussi créer vos propres sorts. Chaque personnage détient sa propre passion à développer parmi la pêche, la cuisine, la photographie et la survie. Vous pourrez même avoir votre propre chocobo à élever et il apprendra des techniques de combat. Sans compter la Regalia, cette magnifique voiture dont vous devrez prendre soin, améliorer et décorer à votre goût. Ajouter à cela un monde ouvert comprenant des milliers de points d’intérêt pour des quêtes secondaires, des donjons cachés, des trésors uniques, des aliments à collecter, des chasses à la prime et des animaux tout aussi exotiques les uns que les autres afin de vous offrir toutes les occasions possibles de faire autre chose que la quête principale. L’exploration intuitive est la force et le cœur de ce jeu. Le système de jour et de nuit transformera les zones de déplacement d’un moment de la journée à un autre, ce qui rend l’expérience doublement plus riche.

Il n’est pas surprenant que le développement de Final Fantasy XV ait été si long. Que ce soit le niveau des graphismes ou la qualité de la bande sonore, qui sont irréprochables et exceptionnellement touchants soit dit en passant, la direction artistique de cet opus s’est surpassée et il ne reste qu’une poignée d’irritants. La caméra pourra vous jouer quelques tours lors des combats dans des zones plus restreintes. Je déplore aussi le manque de personnages féminins forts, quelques situations sexistes peut-être au début, des personnages non-joueurs qui parfois sonnent creux, mais qu’à cela ne tienne, la consistance et la richesse de l’univers excusera n’importe quel accroc que vous pourriez rencontrer dans cette aventure exaltante qui s’intensifie surtout après les premières heures de jeu, au tournant de la fin du chapitre deux.

Attendez-vous à une trentaine d’heures de jeu étendues dans quatorze chapitres exclusivement réservés à l’histoire. Ceci peut paraître court, mais j’estime l’exploration et la quantité de quêtes secondaires à une quarantaine d’heures additionnelles, ce qui vous laisse entre les mains un titre avec une durée de vie très intéressante, surtout pour les joueurs qui aiment s’investir longuement et contourner volontairement l’histoire principale pour découvrir les limites et les transcender. En bref, Final Fantasy XV est pour moi le jeu qui me réconcilie à la série, après toutes ces années et qui démontre que la philosophie de Square Enix est ailleurs et révolue au meilleur de ses compétences. Malgré quelques maladresses au niveau de la prise en main du jeu vis-à-vis le scénario et la jouabilité au démarrage, l’ampleur des possibilités qui se dévoilent petit à petit au tournant du troisième chapitre est digne d’une main de maître. Dans un style moderne où la technologie côtoie la magie, où les mythes défient la science, Final Fantasy XV ne pourra pas vous laisser indifférent. Vous embarquerez dans un road trip qui déborde de la plateforme de jeu avec ses films et ses animés pour vous conduire là où uniquement dix ans de développement peuvent vous amener.

Merci de votre intérêt,
Pierre-Luc Grenier

Vivement recommandé!

Final Fantasy XV est jeu d'une profondeur exceptionnelle qui saura rallier les initiés de la série à la nouvelle génération de joueurs avec un système dynamique, une direction artistique irréprochable et un scénario vibrant d'émotion.

8.3
Histoire:
8
Présentation:
9
Jouabilité:
8
Durée de vie:
8